Le retour des 7 Mercenaires

Où l’on essaie de rendre compte de la conférence de rédaction des Mercenaires consacrée aux migrants.

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PAR ANNE, SIMON, MÉRIADOC, DE MACHIN, KASHFLOW, LIBELLE ET ELMER.

— Tout le monde est là ?
— Ou presque. La question, c’est pourquoi on est là.
— Puisque nous sommes une sorte de rédaction transversale, ce serait bien qu’on parle des migrants.
— À quoi bon ? Tout les médias en parlent, partout, depuis plus d’un mois.
— Parce qu’il y a une quantité invraisemblable de conneries proférées sur la question. Dans les médias de masse, il était admis que les migrations constituaient le sujet anxiogène par nature, qui continuerait longtemps à faire peur au bon peuple. Mais la photo du petit Aylan sur la plage et la position allemande ont ouvert une brèche. Et beaucoup aimeraient la refermer le plus vite possible.
— Anne, on sait tous qu’il y aura bientôt des élections régionales et une primaire présidentielle. Ça fait partie du jeu.
— Notre jeu à nous, c’est d’informer, pas de relayer le discours sur les invasions barbares. On doit rectifier, resituer les choses, inlassablement.
— Sur le fond, je suis d’accord. Mais dans la pratique c’est compliqué. Les migrations c’est de l’histoire, de l’économie, de la géopolitique. Des cartes, des infographies. C’est long à faire.
— Long peut-être, mais nécessaire. Quand on entend qu’il y a 99 % d’hommes parmi les réfugiés, 4000 jihadistes infiltrés et que tout ce petit monde va débouler en France piquer nos allocs et nos logements sociaux, il faut réagir.
— Y en a qui réagissent. La rubrique Désintox de Libé, celle du Monde, les bons sites d’infos, l’Obs, Arte et d’autres.
— Génial. Ça fait 350 citoyens correctement informés, au bas mot.
— Là, tu exagères.
— Je veux juste dire que le grand public, il fréquente pas ces médias-là et il continue à entendre les mêmes débilités. Est-ce que l’un d’entre vous a vu passer un vrai comment-ça-marche sur le droit d’asile en France ? Sur l’OFPRA, sur les centres d’accueil ?
— C’est quoi l’OFPRA ?
— 400 personnes à Paris qui décident du sort des demandeurs d’asile et déboutent 80 % des demandes. Mais dans la plupart des centres d’accueil, ça se passe plutôt bien, merci. Comment accompagner les réfugiés, comment les aider à se décharger de leurs histoires et à réparer leurs traumatismes : voilà de vrais sujets qui intéresseront sûrement les vrais gens.
— On peut essayer. On n’est pas si mal placés pour infiltrer les médias de masse. Après tout, nous autres Mercenaires sommes des spécialistes de l’approche furtive. Et je sais pas si vous avez remarqué, mais nous sommes sept.
— Toi Kashflow, tu fais déjà des piges pour la télé. Et toi aussi Elmer.
— Nous on veut bien prendre des risques, à condition que nos distingués collègues de la presse papier et du Web nous couvrent.
— On est derrière vous les p’tits gars.
— Tout cela est sympathique, chers amis bien-pensants. Mais on a le droit d’estimer qu’il ne faut pas laisser passer tout le monde, ou même qu’il est prudent de fermer les frontières un moment. On a le droit de chercher à faire la part des choses.
— On a bien compris. Par ici les Syriens, profitez de la brèche, avancez en rang par deux et les chrétiens devant. Les autres, allez vous faire foutre. C’est l’Europe ici, pas un hall de gare.
— Libelle, de Machin, on se calme.
— Je suis sûre qu’une bonne partie d’entre nous est issue de l’immigration. Qui lève la main ?
— Ouais, par mon père. Du Maroc.
— Ma grand-mère était arménienne.
— Mon père est venu du Portugal.
— Tiens, je savais pas.
— Ça va vous surprendre, mais ma mère est née en Pologne.
— Et tu tiens ce discours ?
— Ça n’a rien à voir. C’était pas la même immigration.
— On a un fermeur de porte parmi nous, les amis.
— Tu lèves la main, de Machin ?
— Faut pas se fier aux particules. J’ai un grand-père ukrainien.
— Moi ce sont mes enfants qui migrent.
— Finalement, c’est pas “eux et nous”. On est tous un peu des migrants.
— Les mots eux-mêmes migrent.
— Les idées aussi migrent constamment.
— À l’exception des idées reçues, qui referment la porte derrière elles.
— C’est bon, tout ça. Ne coupons pas les réfugiés en quatre. Montrons les demandeurs d’asile apprenant le français dans les centres d’accueil. Expliquons que le métro de Paris a été creusé par des Maghrébins, que ce pays s’est construit avec des migrations, quelles que soient leurs causes et leurs origines. Et évoquons aussi les migrations climatiques à venir, comme ça tout le monde se sentira concerné.
— C’est drôle. Dans le western, les 7 Mercenaires protégeaient un village d’une horde de pillards venus de l’extérieur.
— Ah bah nous, on va faire exactement le contraire.
— Yes ! C’est notre feuille de route.
— Achtung ! Il va y avoir du sang.
— Yallah ! Qu’est-ce qu’on attend ?

Photo : extrait de l’affiche des 7 Mercenaires, film de John Sturges.

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