Une tristesse

Où il est question de regard, de journalisme télé et d’un ancien président de la République.

Chazal

PAR ANNE OLYMPE

Le Président d’un grand pays européen passe à la télé. Il est interrogé par trois journalistes. Quelques jours auparavant, il a prononcé un discours où il désigne la communauté Rom comme source de troubles dans la société. C’est sans précédent sous cette République-là. On s’attend à ce que les journalistes relèvent le gant. Ils le font à leur façon : on s’excuse, faut qu’on vous pose la question vu qu’une commissaire européenne a protesté.

Le Président contre-attaque aussitôt. Si j’ai évoqué les Roms, c’est parce que vous n’arrêtez pas d’en parler dans vos journaux. On peut plus regarder un bulletin d’info sans tomber sur des faits-divers avec ces gens-là. D’ailleurs l’Europe, finalement, elle a dit que la France était nickel. Elle l’a dit ou elle l’a pas dit ? Oui ou non ? J’ai pas bien entendu votre réponse.

Faut pas le chercher, le Président. La journaliste qui avait posé la question se retrouve sur la sellette et se fige, démontée, privée de commission européenne, incapable d’avoir un point de vue à elle. On passe à un autre sujet.

Sur internet, dans les bistrots, dans la rue, on se moque de la taille de ce Président. Attaques elles-mêmes au ras des pâquerettes, révélatrices du sentiment d’infériorité de ceux qui les lancent. Quitte à rester dans l’apparence, il existe un autre trait physique dont on parle moins : la tristesse du regard du chef de l’État, ces yeux qui semblent en permanence déplorer quelque chose d’irrémédiable.

L’autre soir à la télé, on a entrevu de quoi il s’agissait. C’est sur nous-mêmes que le Président jette un regard apitoyé. Journalistes, collaborateurs, citoyens, alliés ou adversaires, ceux qui l’ont aidé à parvenir là où il est comme ceux qui n’ont pas pu l’en empêcher. À chacune de ses faciles victoires, la compassion se fait plus visible, comme s’il n’en finissait plus de s’étonner de notre impuissance. Au moins, il a un point de vue. Il porte le deuil de nos consciences.

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